LA CAPORNADE ARMORICAINE

Le Trieux

Né à 250 mètres d’altitude, le petit fleuve (presque 72 km) dévale tranquillement les collines de l’Argoat avant de s’enfoncer entre le plateau du Trégor et celui du Goëlo. Là change sa vie, dramatiquement : À bord de l’Enez Koalen, de l’Eulalie et de l’Ausquémé, nous – fiers et avisés cap-horniers – avons passé l’écluse à sas de Pontrieux (3 m) selon les coutumes locales à l’heure de pleine mer de Saint-Malo. Méandres resserrés, quelquefois en épingle à cheveux, rives abruptes densément boisées, sans route ni toiture d’aucune construction, la ria du Trieux nous emporte dans le silence du vent et des oiseaux à travers rais de soleil et petits grains dans la magie de son isolement sauvage. Sans la haute masse du château de La Roche Jagu, sur le qui-vive à l’aplomb d’une boucle, et par endroits de l’autre côté les ouvrages d’art du petit train à vapeur, on se laisserait volontiers rêver à d’autres solitudes patagones, mais après la confluence avec le Leff mûriers, myrtes, cistes et arbousiers sur la rive droite provoquent un tremblement de point cardinal, de Sud à Méridional nordique. On double quand même la maison Conservatoire du littoral, puis au fond d’une crique le moulin à mer de Traou Meur avant de passer sous le pont de Lézardrieux.

En aval, les rives s’abaissent, se parsèment de maisons, l’estuaire s’élargit, des rochers surgissent partout, Loguivy-de-la-Mer, des îles plus ou moins habitées avec quelques anciens blockhaus, le sillon de Talbert, comme un long doigt de sable et de galets, au ras des flots et l’archipel de Bréhat enchanteur… 2

  
 

Tréguier

Ville industrieuse et prospère au Moyen Âge autour du port sur le Jaudy et centre intellectuel autour de la cathédrale, l’un des sept évêchés bretons et troisième atelier typographique de Bretagne, Tréguier vit un premier déclin pendant les guerres de religion, puis pendant la Révolution française qui supprime l’évêché et liquide les « biens nationaux » (les deux tiers de la ville). Le Trégor se relève grâce à la culture du lin et des primeurs, l’arrivée du train en 1905. À l’heure du tourisme, on admire les vieilles maisons à colombage et la magnifique cathédrale gothique Saint-Tugdual qui domine la ville depuis le 15e siècle. Le troisième dimanche de mai est celui du grand pardon de Saint Yves, nous étions trop tôt…

 
 

Le dimanche 13 septembre 1903 fut inaugurée sur la place de la cathédrale un grand monument à la gloire de l’enfant du pays, Ernest Renan, représenté par le sculpteur Jean Roucher plus grand que nature entouré d’allégories à sa dévotion, dans une pose très fin 19e siècle. Une phrase gravée indique quelle haute reconnaissance la nation doit à celui qui a combattu la religion chrétienne. Le Président du Conseil, Ministre de l’Intérieur et des Cultes, Émile Combes soi-même, s’était déplacé pour la cérémonie. À l’abri du rempart formé par un régiment d’infanterie et un régiment de cavalerie qui maintenaient au loin la contre-manifestation, il écouta le discours d’Anatole France vibrant d’un athéisme virulent, « qui charma ses oreilles » ainsi que l’enthousiasme des Bleus de Bretagne venus l’entourer, et « s’amusa » des huées et des coups de sifflets frénétiques des catholiques ulcérés mais désarmés. L’événement officiel était si volontairement insultant pour l’Église qu’un calvaire de Protestation fut érigé par souscription auprès des catholiques l’année suivante au bas de la ville à l’entrée du jardin public.

Les bateaux

La Nébuleuse, dundee thonier, 18,80 m (hors tout 32 m) ; capitaine : le charmant Cedric Lagrifoul. Nous y avons (presque) nos habitudes, surtout après avoir essuyé un coup de vent force 8-9 en contournant la presqu’île sauvage.

   
Enez Koalen, sloop à corne, 9,30 m (hors tout 14,50 m) réplique d’un ancien homardier de Loguivy.

Ausquémé, 9 m (11 m hors tout), cotre aurique, dragage des huîtres plates au chalut à perche dans le golfe du Morbihan et la rivière d’Auray en 1942 ; traversée de l’Atlantique en 1976 ; et maintenant sorties en mer. Capitaine : Nicolas Schouten, lointain petit cousin de celui qui découvrit le cap Horn !

Eulalie, réplique d’un sardinier de 1900 ; 10,30 m ; capitaine : le pétillant Dominique Sicher. En tête lors de la mini course improvisée quelques instants entre les trois petits bateaux sur le Trieux.

  
 
 

Les jardins du château de La Roche Jagu

La place forte, reconstruite en 1405, ornée de 19 cheminées au sommet dentelé, est la seule qui reste des dix forteresses surveillant le Trieux au 12e siècle. Mais les jardins ! Savamment redessinés, dans l’esprit français, c’est-à-dire pleins de surprises et de trouvailles. L’eau, le chemin de l’Orient, le Rocher argenté et les jardins médiévaux se laissent deviner au cours d’une promenade enchanteresse qui se termine par la splendeur de véritables enclos de rhododendrons en fleur !

  
 

Lézardrieux…

D’abord hommage aux « locaux », Lolo et Polo !

- Qui ont relayé Jacques pour nous organiser une Capornade aussi réussie et pourtant bien différente de celle de Bréhat. La région offre de magnifiques possibilités, le climat également.

- Qui démontrent une remarquable capacité à réunir et faire travailler ensemble tous pour le plaisir de chacun : les vieux gréements, les hôtels, les délicieux restaurants et les cap-horniers.

- Qui sont maîtres en l’art du pisco !

et sont des hôtes chaleureux !

Sabine Garnier